Samedi 6h45, départ pour la Vendée. Soan a 14 mois, il dort encore, Anouk chantonne à l’arrière avec son doudou pieuvre. Trois quarts d’heure plus tard, la sieste est finie, le doudou est par terre, et Soan pleure parce qu’il veut attraper le livre coincé sous la ceinture. J’avais promis « pas d’écran avant 3 ans », mais la tentation de sortir le téléphone était au bout des doigts. Ce qui a sauvé le trajet, c’est le vieux clipboard en bois chiné deux jours avant au fond d’un tiroir, recouvert d’une housse cousue en une soirée. Depuis, on ne part plus sans.
Pourquoi on a lâché la tablette (et ce qu’on a gagné)
La tablette ventousée au siège, on l’a testée. Elle tient à peu près sur autoroute, mais dès qu’on roule sur une départementale ondulée, elle se décroche. Et surtout, elle transforme le temps de trajet en consumérisme passif : l’enfant zappe, réclame « un autre dessin animé », pleure quand on coupe. Avec un clipboard, le rapport à l’activité change du tout au tout. L’enfant décide ce qu’il fait, déchire une feuille, recommence, gribouille, appuie fort, déchire encore. Il est acteur, pas spectateur.
Autre avantage massif : zéro batterie, zéro surchauffe au soleil, zéro écran cassé après une chute. Un clipboard en bois de 23 x 30 cm pèse moins de 300 g, passe sous le siège, résiste au beurre de biscotte et aux chewing-gums de grande sœur. On l’a trimballé dans le van, sous la pluie bretonne, dans le sable des Sables-d’Olonne ; à part une auréole sur le tissu, il est intact.
Enfin, il s’adapte à toutes les positions : sur les genoux, calé contre la tablette de la poussette, posé à plat sur une table de camping. Un enfant de 18 mois qui ne tient pas assis bien droit peut quand même gribouiller parce que l’inclinaison naturelle du clipboard sur ses cuisses lui donne un plan stable.
Le matériel qu’on a utilisé (vraiment)
!A close-up of a wooden clipboard with fabric roll, scissors, glue bottle, and measuring tape placed neatly on a white ta
Pas de liste d’achats marketing. Voilà ce qui traînait à la maison et ce qu’on a récupéré :
- Un clipboard en contreplaqué format A4. Les modèles en mélamine blanche sont faciles à nettoyer, le bois brut accroche mieux les élastiques. On a choisi bois, parce que c’est plus chaleureux et que les feutres à l’eau s’effacent moins bien dessus (oui, c’est aussi un inconvénient, on assume).
- Des chutes de coton épais (un vieux jean coupé, un reste de tissu nid d’abeille). Le jean apporte de la rigidité, le nid d’abeille une texture qui ne glisse pas.
- Un mètre d’élastique plat de 2 cm de large. Il sert à maintenir les feuilles, mais aussi à créer des passants pour les crayons.
- De la colle vinylique et une agrafeuse murale (pour fixer le tissu sans couture quand on n’a pas de machine).
- Deux boutons-pression pour la version housse amovible. En option : une aiguille et du fil si on a une heure devant soi, mais on va voir qu’on peut s’en passer.
J’ai utilisé une machine à coudre parce que j’aime ça et que le bruit du moteur berçait Soan en portage dos pendant la sieste. Mais si tu n’as ni machine ni patience, la version « sans couture » décrite plus bas fonctionne aussi bien, elle est juste un peu moins jolie sous les coutures, ce qui n’intéresse aucun enfant de moins de 3 ans.
La fabrication sans couture (10 minutes montre en main)
Cette version tient avec de la colle et des agrafes. Elle ne nécessite aucune compétence en couture, et elle résiste étonnamment bien aux tractions d’un bébé déterminé.
- Découpe un rectangle de tissu aux dimensions du clipboard plus 4 cm de marge sur chaque côté (pour le rabat à l’arrière).
- Pose un fil de colle vinylique le long du bord supérieur et du bord inférieur du clipboard côté face. Rabats le tissu par-dessus, appuie fort avec un torchon propre pour ne pas te brûler.
- Retourne le clipboard et rabats les marges latérales sur l’arrière, en les agrafant une par une avec l’agrafeuse murale. L’agrafeuse ordinaire de bureau ne suffit pas ; une agrafeuse de tapissier à 10 € fait l’affaire.
- Place l’élastique en travers du tissu, à 4 cm du bord haut, pour maintenir les feuilles. Agrafe ses extrémités à l’arrière du clipboard. Pour plus de tenue, on peut le passer dans une petite fente taillée dans le tissu avant d’agrafer.
- Ajoute un second élastique vertical (optionnel) qui part du haut, descend jusqu’au bas, tendu, pour créer un compartiment à crayons : il suffit de glisser les crayons gras entre le tissu et l’élastique.
Le résultat n’est pas parfait, mais un enfant de 18 mois s’en moque. Ce qui compte, c’est que le clipboard ne glisse pas sur les genoux et que les feuilles ne s’envolent pas quand la vitre est ouverte. Notre première version a tenu six mois avant que le tissu ne commence à s’effilocher au niveau des agrafes ; on l’a simplement recouvert d’un nouveau coupon.
⚠️ Attention : Si tu utilises une agrafeuse, vérifie qu’aucune agrafe ne dépasse côté enfant. Passe un doigt après chaque fixation ; une agrafe qui ressort doit être écrasée au marteau ou recouverte d’un épais ruban adhésif.
La version housse amovible (pour celles qui cousent un soir)
!Close-up of a fabric-covered clipboard with a sewing needle and thread lying beside it, a visible seam, hand reaching fo
Si la couture ne te fait pas peur, une housse en tissu qu’on peut retirer et laver en machine change la vie les jours de gastro. Voilà comment j’ai procédé, avec ma vieille machine et un biais récupéré sur un drap-housse troué.
La housse est une simple enveloppe : deux rectangles de tissu cousus endroit contre endroit sur trois côtés, retournés, surfilés. Le quatrième côté reste ouvert pour glisser le clipboard. J’ai ajouté deux boutons-pression sur le rabat intérieur pour fermer et empêcher le clipboard de glisser. L’élastique de maintien des feuilles est cousu directement sur la housse, à 4 cm du bord haut. J’ai intégré des passants verticaux en coton pour y glisser quatre crayons à la cire d’abeille, ceux qu’Anouk utilise depuis ses 12 mois.
Le plus long, c’est de mesurer. J’ai défait trois fois le premier prototype parce que j’avais oublié de compter l’épaisseur du clipboard. Ma règle d’or maintenant : mesurer la largeur et la hauteur du clipboard avec l’élastique déjà en place, puis ajouter 1 cm d’aisance en largeur et 3 cm en hauteur pour le rabat.
💡 Conseil : Un tissu éponge de récupération (serviette usée) rend la surface antidérapante sur les genoux et absorbe les petites fuites de gourde. On n’y pense pas, mais une serviette éponge lavée vingt fois est aussi douce qu’un lange en bambou, et elle coûte zéro.
Ce qui change vraiment en trajet (et ce à quoi on ne s’attendait pas)
On l’a testé sur le trajet Rennes-Pornic (2h30) puis Rennes-Biarritz (6h avec pauses). Voilà ce qu’on a observé, sans idéaliser.
D’abord, l’enfant demande moins souvent à sortir du siège. Pas parce qu’il est hypnotisé, mais parce qu’il a une activité motrice à portée de main qui occupe ses dix doigts. Soan passait 20 minutes à enlever et remettre les crayons dans les passants élastiques avant même de commencer à dessiner. Cette motricité fine spontanée, je la retrouve dans les principes de la pédagogie Montessori sans avoir rien acheté de siglé.
Ensuite, la durée d’attention augmente, mais pas de façon spectaculaire. Sur un trajet de 2h, on a gagné 25 à 30 minutes de calme supplémentaire par rapport au même trajet sans clipboard. Ce n’est pas magique, mais quand on a un tout-petit qui pleure dès que le paysage défile moins vite, chaque quart d’heure compte.
Ce qu’on n’avait pas anticipé : le clipboard est devenu un objet transitionnel en soi. Soan réclame « son dessin » dès qu’on monte en voiture, même pour aller à la boulangerie à 500 mètres. L’objet a acquis une valeur de rituel. Et quand il s’endort, le clipboard lui sert d’oreiller improvisé (tissu éponge, on vous l’avait dit). On est loin du support tablette chinois qui couine quand on appuie dessus.
Personnaliser sans surcharger : ce qui sert et ce qui distrait
!A clipboard with a single elastic strap and a small pen loop attached, flat lay on a white surface, clean composition, b
On est vite tenté d’ajouter des miroirs, des velcros, des grelots, des petits volets. J’ai failli le faire. Puis j’ai observé Anouk avec son busy board offert par une tante : au bout de trois jours, elle ne touchait plus qu’à la fermeture Éclair et au scratch. Le reste, elle l’avait intégré comme décor.
Pour le clipboard, la règle qu’on s’est fixée : trois fonctions, pas plus.
- Maintenir une feuille (A5 ou A4 pliée en deux) avec l’élastique principal.
- Ranger deux ou trois crayons dans des passants ou sous un élastique vertical.
- Offrir une texture agréable sous les doigts, sans accrocs ni parties dures saillantes.
On a testé d’y fixer une petite pochette en mesh pour des gommettes, mais elle faisait obstacle au poignet quand l’enfant dessinait en haut de la feuille. On l’a retirée. Parfois, moins c’est vraiment plus, surtout quand l’espace de jeu se limite à la largeur d’un siège auto i-Size.
Pour varier les activités sans ajouter de matériel, on glisse sous l’élastique des choses différentes : une feuille blanche, un morceau de carton ondulé à colorier, une enveloppe kraft avec un trésor à l’intérieur (une plume, une feuille d’arbre séchée). À chaque changement, c’est un nouveau « jouet », sans avoir rien fabriqué de plus.
Et si on partait en road trip longue durée ?
On a emporté le clipboard au Portugal l’été dernier. Trois semaines de van, avec des étapes de 3 à 5 heures. Dans ce contexte, la housse amovible a montré tout son intérêt : lavée trois fois en machine dans les campings, séchée sur le fil à linge du rétroviseur. Le bois n’a pas gonflé, même après une nuit humide en Bretagne, parce qu’on le rentrait le soir dans le caisson étanche des duvets.
Autre constat en voyage itinérant : le clipboard prend moins de place qu’un gros classeur d’activités et il accepte tout ce qu’on trouve sur place. Un ticket de péage, une carte de restaurant, un prospectus de musée avec des dinosaures : tout devient support à dessin. C’est une vision de la parentalité nomade qui colle assez bien à ce qu’on défend sur le site : faire avec ce qu’on a, où qu’on soit, sans accumuler des équipements dédiés à chaque micro-usage.
📌 À retenir : Si tu n’as qu’un seul objet à glisser dans le sac de voyage pour occuper un enfant de 12 à 36 mois, un clipboard customisé fait mieux le job qu’une ardoise magique (qui s’efface accidentellement) et qu’un livre plastifié (qui rebondit sur les genoux). C’est la simplicité qui fait la robustesse.
Questions fréquentes
Est-ce que ça marche aussi avec un enfant qui ne tient pas encore assis ?
Oui, à condition d’incliner le clipboard presque à plat sur les genoux en position semi-allongée dans le siège auto. Il faut choisir un format plus petit (A5) pour que le bord ne cogne pas le menton lors des virages, et privilégier des feutres ultra-lavables pour limiter les dégâts sur le harnais.
Mon enfant met tout à la bouche. Le clipboard est-il safe ?
Le bois brut non verni peut accumuler des bactéries et pelucher. On recommande une housse en tissu bien tendue qui recouvre intégralement la planche, lavable à 60 °C, et des crayons de cire d’abeille sans trous ni petits éléments détachables. Évite les agrafes côté face ; la version housse amovible avec boutons-pression est plus sécurisante pour les grands mordeurs.
Peut-on utiliser le même support pour un enfant plus grand, jusqu’à 5 ans ?
Absolument. On passe en format A4, on ajoute un élastique plus solide et on glisse un petit carnet de croquis à spirale dans la housse. Anouk, 4 ans et demi, l’utilise encore pour ses « carnets de voyage » où elle colle des tickets et dessine les châteaux qu’on visite. L’objet évolue avec l’enfant, ce qui en fait un des rares DIY qui ne finit pas au fond du placard après trois mois.
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