Le petit avait 8 mois, j’étais assise par terre dans la cuisine. La grande venait de faire une sieste éclair de 18 minutes et le déjeuner ressemblait à une scène de crime au potiron. C’est ce jour-là que j’ai ouvert mon premier document partagé pour le site. Je n’avais ni bureau, ni budget pub, ni business model. Juste deux enfants en bas âge et une envie tenace de créer un truc qui me ressemble.

Trois ans plus tard, le site tient toujours. Il ne nous nourrit pas comme un salaire de cadre, mais il tient. Si je devais résumer ce qui a fait la différence entre l’envie et le projet qui dure, je le résumerais en trois points. Pas de liste de 50 outils, aucune méthode miracle. Juste trois choses qui, dans la vraie vie d’une famille, pèsent plus lourd que tout le reste.

On ne peut pas tout faire, et c’est une bonne nouvelle

Tout gérer, c’est impossible. Un projet qui marche avec des enfants autour suit le rythme du quotidien, siestes coupées, otites surprise, samedis cassés en deux. Le fantasme des 35 heures concentrées, on l’oublie vite.

J’ai arrêté de culpabiliser le jour où j’ai noté que mes périodes les plus productives étaient entre 5h30 et 7h du matin, avant le premier réveil. Une fenêtre étroite, prévisible. J’ai construit autour de ça : pas d’écriture après 21h, pas de mails sur le téléphone le week-end, et tant pis pour les opportunités qui passent.

Le réseau, ce n’est pas les chambres de commerce

!A wooden park bench with two paper coffee cups, a smartphone showing a group chat message, a crumpled napkin and a pen,

On m’a dit qu’il fallait un réseau professionnel. J’ai pensé aux clubs d’entrepreneurs, aux afterworks en ville. Avec une tétée de 20h et un enfant qui refuse de dormir avant 21h30, c’était incompatible avec ma vie. Point.

Le réseau qui m’a sauvée, c’est une poignée de parents croisés sur des aires de jeux ou dans des groupes de couture en ligne. Des gens qui comprennent que tu annules une visio parce que le petit a 39°C, et qui te renvoient un message « prends soin de toi » plutôt qu’un lien de replanification automatique. Ce réseau-là sert à ne pas jeter l’éponge un mardi soir de novembre, pas à « développer son chiffre ».

Pour le concret : j’ai trouvé mon premier repreneur de patrons de couture via une connaissance de parc, et mon premier vrai retour critique sur un article grâce à une mère qui pratiquait la motricité libre comme nous. Rien de tout ça n’est passé par LinkedIn.

Les meilleurs alliés d’un projet porté par un parent, ce sont des gens qui savent que le temps parental n’est pas une variable d’ajustement. Pas des mentors en costard rencontrés en afterwork.

L’argent, ce tabou qu’on crève avant de se lancer

J’ai longtemps cru que parler d’argent quand on monte un site, c’était se trahir. Le truc de la passion pure, du partage gratuit, tout ça. Sauf qu’un site hébergé coûte. Le temps passé à écrire, c’est du temps non rémunéré. Et quand on est parent, le temps, c’est aussi des heures de garde, des couches, une extension de congé parental non payée.

On a fait le choix de l’indépendance sans viser la rentabilité à six mois. Matelas de sécurité minuscule, et décision claire de ne pas s’endetter. On a calculé le strict minimum : hébergement, nom de domaine, un peu d’essence pour les déplacements. Toutes les dépenses « peut-être utiles » sont passées à la trappe, pas de logiciel de gestion à 30€ par mois, pas de formation express en marketing. L’argent qu’on engageait, c’était celui qu’on était prêts à perdre sans que la famille en souffre.

Je pense que c’est le seul vrai critère. Peu importe le montant. La question, c’est : est-ce que perdre cette somme nous empêcherait de payer le loyer ou la nourriture ? Si la réponse est oui, on ne la met pas. C’est brutal, mais ça évite des nuits blanches pour de mauvaises raisons.

Les aides publiques à la création d’entreprise évoluent régulièrement. Avant de compter sur une subvention ou un accompagnement, il vaut mieux vérifier les conditions en vigueur via le site officiel des services publics. Ce qui valait il y a deux ans n’est pas forcément d’actualité aujourd’hui.

Et les enfants dans tout ça ?

!A home office desk with a laptop open to a business spreadsheet, a child’s stuffed elephant on papers, a crayon drawing

Je n’ai jamais pensé que mon projet volait du temps à mes enfants. Il a surtout grignoté mon sommeil et mon temps de cerveau libre, pas le leur. La grande a vu sa mère plongée dans un carnet de notes, concentrée, contente de créer un truc. Le petit a grandi avec un ordinateur qui faisait partie du décor, au même titre qu’une machine à coudre ou qu’une bibliothèque.

Je ne crois pas à la culpabilité qui voudrait qu’une mère soit disponible 100 % du temps éveillé. Je crois à la qualité de présence : quand je fermais l’écran, j’étais vraiment là, au sol avec les Duplo. Le reste du temps, je leur montrais qu’une passion, ça se tricote à côté de la vie de famille.

Un jour, la grande, 3 ans, a dessiné un carré gris sur une feuille en disant « c’est le site de maman ». J’ai ri, j’en avais les larmes aux yeux. Aucune trace de reproche, juste le site rangé dans son univers à elle, entre la cuisine et le doudou.

Si je devais donner un conseil, ce serait celui-là : associe ton enfant à l’aventure, même tout petit. Un coin bureau dans le salon, un petit tabouret à côté de la table à langer pour poser ton carnet, une activité à faire à côté pendant que tu écris. Le parent et l’entrepreneur, c’est la même personne. Inutile de cloisonner.

Pourquoi le matériel ne sauvera pas ton projet

On lit beaucoup sur le matos indispensable au télétravail parental : le casque antibruit, la chaise ergonomique, le deuxième écran. J’ai testé. J’ai aussi testé de bosser avec un seul ordinateur portable posé sur la table de la cuisine pendant que le linge séchait au-dessus de ma tête.

Ce que j’en retiens : l’équipement ne fait pas le projet. Ce qui le fait tenir, c’est l’ergonomie de la vie autour, esprit dégagé, fichiers sauvegardés, rythme qu’on tient sur la longueur. Quand j’ai enfin automatisé la sauvegarde de mes fichiers et trouvé ce rythme, j’ai gagné plus de productivité qu’avec n’importe quel accessoire.

Évidemment, un siège auto i-Size fiable pour les déplacements ou un bon porte-bébé physiologique pour les sorties de terrain, ça compte pour la logistique familiale. Mais dans la liste des priorités pour lancer un projet, le matériel arrive loin derrière le sommeil, le soutien du co-parent et la clarté sur le budget.

L’un des achats qu’on a faits, c’est une gigoteuse TOG 2.5 pour les nuits fraîches d’automne. Pas pour le projet, pour le sommeil du petit. Et sans sommeil, le projet s’écroule en trois jours.

Questions fréquentes

À partir de quel âge de l’enfant peut-on raisonnablement se lancer ?

Il n’y a pas d’âge magique. La phase post-partum immédiate est souvent trop intense. Passé 4-6 mois, quand les siestes commencent à se stabiliser un peu, on peut envisager un projet à tout petit rythme. Les régressions du sommeil autour de 8-10 mois rappellent qu’il faut rester souple. Ne pas attendre le moment parfait : il ne viendra jamais.

Ce modèle vaut-il pour un projet avec un investissement conséquent ?

Oui, et le principe de ne jamais engager plus que ce qu’on est prêt à perdre sans affecter la sécurité de la famille pèse encore plus lourd. Avant d’envisager un prêt ou une grosse mise de départ, il faut avoir testé l’idée à une échelle minuscule, vérifier que le quotidien avec les enfants le permet, et anticiper les périodes où tout s’arrête (maladie, vacances scolaires). Les conditions des prêts aux créateurs changent vite : on se renseigne au moment du projet, pas un an avant.

Est-ce que c’est compatible avec une reprise de travail après un congé parental ?

Oui, beaucoup de projets se construisent en parallèle d’un temps partiel ou d’une reprise progressive. La clé, c’est d’accepter une vitesse d’escargot et de tenir sur la durée plutôt que de viser un sprint. Les questions d’organisation autour du matériel de puériculture ou du mode de garde restent les mêmes que pour un foyer actif classique, à ceci près que le travail du soir ne doit pas empiéter sur la récupération du parent.

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Q1 L'âge de votre enfant (ou à naître) ?
Q2 Votre problématique prioritaire ?
Q3 Votre temps disponible ?