Dimanche de Pâques, 7h42. La grande, 4 ans, déboule dans la chambre en hurlant « les cloches sont passées ». Son petit frère de 18 mois la suit en trébuchant dans sa gigoteuse. Dans le jardin il fait 8 degrés, la rosée trempe l’herbe jusqu’aux chevilles. On enfile les bottes en vitesse, on attrape les paniers en osier, et c’est parti pour vingt minutes de fouille intense.
L’an dernier, j’avais caché une trentaine de petits œufs en chocolat dans les massifs. En douze minutes, la grande en avait trouvé vingt-six, le petit deux, et la matinée s’était finie en crise de larmes, lui parce qu’il n’avait rien, elle parce qu’elle voulait tout manger tout de suite. Cette année, on a changé les règles.
La chasse aux œufs version fratrie : chacun sa zone, chacun sa couleur
La chasse aux œufs classique est taillée pour l’enfant unique. Dès qu’on a deux enfants d’âges différents, le plus rapide rafle tout, et le plus jeune finit avec un sentiment d’injustice qu’il ne sait même pas nommer. On a testé une variante bête comme chou : une couleur d’œuf par enfant. Les bleus pour le petit, les roses pour sa sœur. Chacun ne ramasse que sa couleur, et on glisse un œuf surprise dans le panier de celui qui aide l’autre à repérer les siens.
Ça a tout changé. La grande s’est mise à chercher les bleus avec autant d’entrain que les siens, et le petit a compris qu’il pouvait pointer du doigt les roses sans se les faire confisquer. La chasse a duré plus longtemps, elle était plus calme, personne n’a fini en pleurs.
Si le jardin est assez grand, on peut aussi diviser l’espace en deux zones. Côté petits, des cachettes évidentes (sur une feuille, au pied d’un arbre). Côté grands, des défis de grimpe ou de hauteur. Les règles se posent avant de sortir. Une fois dehors, l’excitation prend le dessus et on ne rattrape plus rien.
Trois bricolages qu’on refait chaque année sans matériel spécial
Je n’ai rien contre les idées Pinterest. J’en ai même un tableau entier, « Pâques trop beau », que je ressors chaque mars avec une vraie bonne volonté. La réalité c’est que la moitié des projets demandent du matériel que je n’ai pas dans mes tiroirs, et l’autre moitié prend trois heures pour un résultat qui finit à la poubelle en juin.
Voici ce qui survit au filtre « flemme + placard de fournitures scolaires ».
La poule en assiette en carton, d’abord. Une assiette pliée en deux, peinte à la gouache ou coloriée au feutre. On découpe une crête et un bec dans du papier rouge et orange, on colle, et la poule tient debout toute seule. Ma grande en fabrique au moins quatre chaque année, qu’elle dispose en cercle autour du saladier de chocolats. C’est moche, c’est coloré, c’est exactement ce qu’on veut.
Les lapins en rouleau de papier toilette, ensuite. Du grand classique. On peint le rouleau en blanc ou en gris, on ajoute des oreilles découpées dans du papier, des yeux mobiles si on en a, un pompon pour la queue si on veut pousser le vice. Le petit, à 18 mois, a surtout mangé le pinceau. Mais il a adoré tremper ses doigts dans la peinture et tamponner le rouleau. Le résultat était abstrait, il l’a offert à sa grand-mère qui a fait semblant d’être émue.
Les empreintes de pattes de lapin à la farine, enfin. Pendant la nuit de samedi à dimanche, on saupoudre le sol du salon ou de l’entrée avec un peu de farine, et on imprime des traces de pattes avec une éponge découpée en forme de coussinet. Le matin, les enfants découvrent que « le lapin de Pâques est passé par là ». Trois minutes de préparation, une poignée de farine, et on passe l’aspirateur après. Astuce qui m’a coûté deux ans à comprendre : mélange la farine avec un petit peu de fécule de maïs avant de tamponner. L’empreinte tient mieux sur le carrelage et se nettoie en un coup de balai.
On a divisé le chocolat par trois, personne ne l’a remarqué
La chasse aux œufs version notre enfance, c’était un panier rempli à ras bord, des lapins en chocolat de trente centimètres, une après-midi entière à picorer jusqu’à l’écœurement. Le lundi, on avait mal au ventre et les parents juraient qu’on n’en rachèterait plus jamais.
Avec nos deux, on a pris une autre direction. Pas par puritanisme alimentaire, on mange du chocolat à la maison et personne ne s’en cache. Mais ce qui les rend heureux, c’est la traque, pas la pile. Chercher, trouver, crier de joie en brandissant un œuf minuscule.
Du coup on a réduit. Une dizaine de petits œufs par enfant, un lapin de taille modeste, point. Le reste du panier, on le remplit avec des trucs qui durent plus longtemps : un petit livre, un sachet de graines à planter, un bâton de pluie fabriqué maison, une paire de chaussettes à motifs de carottes. L’an dernier ma fille a déballé un paquet de feutres lavables en forme d’animaux et elle en parle encore.
Faire des biscuits sablés en forme de lapin avec les enfants prend du temps, salit la cuisine, et produit des biscuits qui ressemblent à tout sauf à des lapins. Personne ne touche plus aux œufs en chocolat après.
Le nid de Pâques comestible qui remplace la montagne de paquets
Depuis trois ans, on fabrique un nid géant pour le goûter du dimanche. Flocons d’avoine, purée de noisette, miel, un peu de cacao. On malaxe à la main, on tasse dans un saladier, une heure au frais. Mini-œufs et fruits secs au centre, mikados plantés tout autour pour faire les brindilles. Il tient deux jours au frigo. Le lundi quand il pleut, on en casse un morceau avec un thé.
La randonnée du lundi qui remplace le panier
!A pair of worn leather hiking boots on a mossy forest path, a pastel pink Easter egg resting on a nearby rock, soft morn
Quand le soleil est là le lundi, on ne reste pas dedans. Depuis que la grande marche, on fait la « balade des œufs » : deux kilomètres, objectif repérer des formes ovales dans la nature. Un galet rond, une flaque, une bogue de marron vide. On prend en photo avec son vieux téléphone à elle, on regarde le soir ensemble. Le petit, lui, montre du doigt tout ce qui est un peu rond et dit « œuf ! » avec une conviction absolue. La moitié du temps c’est une bouche d’égout, on valide quand même.
Ce qu’on a abandonné sans regret
On a essayé la peinture sur œufs durs. Une année, atelier « décoration d’œufs » à trois familles, teintures naturelles, feuilles de persil en pochoir, collants pour maintenir le tout pendant la cuisson. Sur la photo c’était joli. Dans la vraie vie : vingt œufs durs à préparer, des coquilles qui se fendent, de la teinture partout, et ma fille de 3 ans qui hurlait parce que son « œuf arc-en-ciel » ressemblait à une betterave.
Si une copine me propose un atelier œufs peints, je dis oui pour le café entre adultes. Je n’organise plus.
Les souvenirs les plus nets de mes propres Pâques d’enfant, ce ne sont pas les chocolats, c’est le bruit du papier des paquets qu’on froissait dans la cuisine, l’odeur de l’herbe mouillée, et la voix de mon père qui disait « plus haut, regarde dans les branches ». Trente ans plus tard, je ne sais plus ce qu’il y avait dans mon panier, mais je me souviens qu’il m’a soulevée pour que j’attrape le dernier œuf coincé dans le cerisier.
C’est peut-être ça qu’on cherche à reproduire. Un moment où on soulève son enfant vers quelque chose qu’il ne peut pas atteindre tout seul.
Questions fréquentes
Mon enfant ne supporte pas le chocolat mais je ne veux pas l’exclure de la chasse aux œufs. Comment faire ?
Cache des petits jouets à la place des œufs en chocolat : figurines d’animaux, crayons de couleur, mini balles rebondissantes. Les enfants ne font pas la différence tant que la chasse est excitante. Tu peux aussi glisser des fruits secs dans des petits sachets décorés, ou des biscuits maison emballés dans du papier aluminium coloré.
Comment gérer une chasse aux œufs quand on vit en appartement et qu’on n’a pas de jardin ?
Utilise le salon et la chambre des enfants. Délimite la zone avec des coussins, et cache les œufs derrière les rideaux, sous les oreillers, dans les plantes d’intérieur. L’astuce de la farine fonctionne très bien sur un parquet. Pour éviter les frustrations, baisse un peu la lumière et donne une petite lampe torche à chaque enfant : la « chasse de nuit » en appartement est souvent plus mémorable qu’un jardin.
À partir de quel âge un enfant comprend-il vraiment le principe de la chasse aux œufs ?
Vers 18 mois, un enfant peut trouver un œuf posé de manière évidente et ressentir la satisfaction de l’avoir attrapé. À 2 ans, il comprend qu’il y en a plusieurs à chercher. La notion de « ne pas tout prendre » ou de « partager avec son frère » arrive plutôt vers 3 ans et demi, et encore, avec des rappels.
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