Un mardi de janvier, il y a deux ans, j’étais garée sur le parking d’une zone commerciale près de Rennes. Soan dormait dans le siège auto, Anouk coloriait sur la tablette, et moi je faisais défiler des newsletters de soldes en me persuadant que j’allais « équiper la petite pour l’hiver prochain ». J’ai commandé trois robes en velours, deux pulls à capuche et une parka technique. Le colis est arrivé dans un relais. Six mois plus tard, une seule robe avait été portée. La parka était trop chaude pour la Bretagne, trop volumineuse pour le coffre du van. C’est ce jour-là que j’ai arrêté de croire aux soldes.
L’illusion de la bonne affaire dans un espace de 12 m²
Quand on habite une maison avec des placards, un vêtement soldé qu’on ne met pas, ce n’est qu’une erreur oubliée au fond d’un tiroir. Dans un van, cette erreur devient un sac de compression qui déborde, une banquette qu’on ne peut plus soulever, une pile instable qui tombe à chaque virage.
Pendant nos premiers mois sur la route, je remplissais encore des paniers en ligne aux soldes d’hiver. -60 % sur un manteau en laine mérinos, comment résister. Sauf qu’un manteau en laine dans le Finistère, ça absorbe l’humidité ambiante en deux jours, ça pèse une tonne mouillé, et ça ne rentre même pas dans la panière à linge sale. J’ai fini par le donner à une association. Depuis, j’ai retenu la règle : un vêtement soldé qui ne sert pas tout de suite finit toujours par bouffer la place d’un truc qu’on utilise vraiment.
Et ça ne s’arrête pas aux vêtements. Une copine m’a tendu un jour une boîte de jouets d’éveil « achetés en promo, jamais ouverts » ; elle vivait dans un studio. J’ai fait pareil avec un transat soldé soi-disant nomade : quatre kilos sur la balance, et impossible à plier à plat. Trop tard, le colis était déjà ouvert. Quand on regarde le prix barré, on oublie tout le reste : où on le met, qui le porte, comment ça se lave. Quand on se déplace souvent ou qu’on vit petit, chaque soldes devrait démarrer par une question bête : « Est-ce que ça rentre, est-ce que ça sèche vite, est-ce qu’on peut l’oublier sans que ça bloque un tiroir ? »
Ce qu’on continue d’acheter pendant les soldes (et pourquoi)
Notre liste tient sur un Post-it. Elle ne change presque plus, et elle ne concerne que l’équipement de puériculture et les vêtements qu’on ne peut ni coudre, ni récupérer facilement. Les soldes, on s’en sert pour racheter du matos qu’on a déjà usé jusqu’à savoir exactement combien de temps il tient.
Les chaussures souples et les bottes de pluie. Un enfant qui crapahute dehors change de pointure quand bon lui semble. Mais quand on a repéré une marque qui tient vraiment la boue sans déformer le pied, on attend la remise sur la paire d’après. C’est à peu près le seul rayon où je prends parfois une taille au-dessus, une botte en caoutchouc naturel se glisse dans le bac à chaussures sans manger d’espace.
Le linge en laine mérinos première couche. On en prend pour le rapport chaleur-poids, pas pour le style. Un tee-shirt mérinos pèse moins de 100 grammes, ne retient pas les odeurs, et tient quatre jours sous le pull quand on n’a pas d’eau chaude. Ça coûte cher même avec une remise, je ne vais pas mentir. Mais ce qu’on économise en volume dans le sac et en lessives au camping fait largement le compte. On attend les soldes pour les tailles suivantes, point.
Les protections en tissu imperméable pour le couchage. Alèses, protège-matelas, couverture de survie réutilisable : ce truc-là se perd ou se troue tout le temps. On rachète par lot quand les prix sont cassés. Le jour où ton enfant fait pipi dans le lit à 3 h du matin en bord de mer, tu es content d’avoir le rechange à portée de main.
Pour le reste, on ne remplit plus de panier. Je préfère attendre un an sans avoir un truc en plus plutôt que de céder à une fausse urgence.
Coudre, troquer, hériter : le circuit qui ne connaît pas les promos
Quand on a quitté notre appart en Vendée pour le van, j’ai embarqué ma machine à coudre. Pas une industrielle, une petite Janome qui se glisse sous la banquette. Le premier hiver, j’ai passé plusieurs soirées à transformer des draps en grenouillères doublées polaire, à partir de patrons PDF gratuits qu’on retrouve dans nos activités couture. Le tissu venait d’une amie, le fil d’un fond de stock d’une mercerie de village. Trois pyjamas chauds, zéro euro. Ces pyjamas, Anouk les a portés jusqu’à ce que les boutons-pression lâchent, et je les ai réparés deux fois avant qu’elle passe à la taille du dessus.
La couture a pris la place des alertes de réduction. Quand je vois passer une vente flash sur des salopettes pour bébé, je me demande d’abord si je peux en faire une avec la chute de velours côtelé chinée à la recyclerie le mois dernier.
Les bourses aux vêtements, les groupes d’échange entre parents et les vêtements qui descendent des cousins plus grands se chargent du reste. L’an dernier, j’ai chopé trois pantalons de ski, une écharpe de portage et un siège nomade via un groupe local de troc. Je n’ai pas regardé une seule fois le prix d’origine. Ce que je regardais, c’était l’état des coutures et la date d’achat notée à la main sur l’étiquette.
💡 Conseil : Avant les soldes, envoie un message sur un groupe local d’entraide parentale avec la liste de ce que tu cherches. On a récupéré une gigoteuse TOG 2.5 quasi neuve comme ça.
Le carnet de croquis qui a remplacé les crises au rayon liquidations
Anouk a 5 ans maintenant. À 3 ans, elle sentait déjà l’agitation autour des rayons « liquidations » : les affichettes rouges, les paniers qui débordent, la musique, les adultes qui parlent fort. Elle se mettait à réclamer des trucs qu’elle ne regardait jamais le reste de l’année : une trousse à paillettes, un doudou licorne en polyester, un paquet de chaussettes à sequins. J’ai essayé l’explication frontale sur la publicité. Trop abstrait pour 3 ans.
Ce qui a fini par marcher, c’est de lui confier un carnet. Un petit carnet de croquis où elle dessine ce qui lui plaît dans un magasin, avec la consigne de ne rien prendre tout de suite. Quarante-huit heures plus tard, on rouvre. Si le dessin ne lui dit plus rien, elle le barre elle-même. S’il en parle encore, on discute : à quoi ça sert, où on le range dans le van, qu’est-ce qu’il faut sortir pour lui faire de la place. Les demandes d’achat ont chuté très vite avec ce truc. Et surtout, elle a appris que l’envie peut tenir, ou passer. Avant, c’était oui ou crise.
Pendant les soldes, ce carnet nous sauve la traversée du rayon jouets. On peut faire un hypermarché sans que le chariot se transforme en scène de pleurs. Anouk sait qu’elle peut dessiner la boîte de Playmobil à -40 % et que le dessin restera dans le carnet. Le lundi, neuf fois sur dix, elle l’a oubliée. On ne la prive de rien, on lui apprend à attendre.
Le vrai coût d’un vêtement à -70 % qu’on ne garde pas
!A crumpled beige linen shirt with a red 70% off tag, lying abandoned on a worn concrete floor near a backpack, dim after
Chez nous, on a arrêté de compter en pourcentages. La seule question qu’on se pose, c’est combien de semaines on va vraiment porter le truc. Une veste de pluie à -60 % qu’on enfile tous les jours en Bretagne pendant six mois, ça vaut le coup. Deux bodies rayés que le bébé met quatre fois avant de changer de taille, c’est de l’argent perdu même à un euro pièce.
⚠️ Attention : sur les places de marché en ligne, le « soldé en permanence » fait perdre tout repère. Avant de cliquer, fais le calcul de ce que ça coûterait en occasion sur Vinted ou cousu maison. Souvent, l’écart est moins gros qu’on ne le croit.
Questions fréquentes
Est-ce que les soldes restent intéressants pour les couches lavables ou le matériel de portage ?
Oui, à condition de cibler des modèles qu’on a déjà testés ou empruntés. Une écharpe de portage tissée soldée peut être une bonne affaire si tu connais la longueur et la matière qui te conviennent. Pour les couches lavables, méfie-toi des lots promotionnels qui mélangent plusieurs types de culottes et d’absorbants sans te laisser choisir : une taille unique ratée, c’est toute la commande qui repart en vente d’occasion.
Comment éviter les frais de port qui annulent la remise quand on change souvent de lieu de livraison ?
On fait livrer chez les grands-parents ou chez une copine sédentaire, c’est l’adresse fixe la plus simple. Sinon, demande aux commerçants du coin : pas mal de cavistes, libraires ou épiciers de village acceptent un colis pour leurs clients réguliers, surtout dans les bleds où la tournée du facteur est déjà calée.
Mon enfant a flashé sur un jouet soldé en magasin, je fais quoi ?
Sors ton téléphone, prends une photo. Tu lui dis que la photo va dans le « carnet des envies » et qu’on en reparle samedi prochain. Si elle en parle encore, vous chercherez ensemble une version d’occasion, ou un truc à fabriquer, ou vous l’emprunterez à la ludothèque. Neuf fois sur dix, c’est oublié bien avant le week-end.
Votre recommandation sur soldes
Quelques questions rapides pour adapter la recommandation à votre cas.
Merci, voici notre conseil personnalisé sur soldes.
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