Mardi dernier, fin d’après-midi sur une plage vendéenne, Anouk a couru vers un bout de bois flotté comme si c’était un trésor. Soan, calé en écharpe contre moi, tendait la main vers les galets. C’est là qu’on a décidé de fabriquer notre premier totem de famille. Pas une activité manuelle de plus, pas un objet déco pour faire joli sur une étagère Instagram. Juste un repère qu’on allait emporter en voyage, trimballer de maison en maison, et qui finirait par contenir un peu de notre histoire.
Au début, je voyais ça comme une activité sans matériel, dans la lignée de tout ce qu’on aime proposer dans la rubrique activités enfants. Mais très vite, ce totem est devenu bien plus que ça.
Pourquoi un totem et pas un doudou ?
Un doudou se perd, s’use, se remplace à l’identique parce qu’il faut absolument le même. Un totem, lui, accumule. Chaque voyage ajoute un galet, une plume, un bout de ficelle colorée ramassée sur un marché. L’enfant participe, choisit, se souvient. Plutôt que de combler une absence, le totem tisse un fil entre les lieux qu’on traverse. Il n’a pas besoin d’être parfait pour fonctionner. C’est même l’inverse : plus il est bancal, plus il raconte.
Chez nous, le totem a remplacé le doudou sans qu’on le décide. Anouk l’a baptisé « Grand-Bois » à deux ans et demi. Il monte dans le van avant les sacs de vêtements. Il a dormi dans un gîte en Ariège, sur une table de camping en Espagne, au pied de notre lit à la maison. Il ne sent plus très bon, il perd un peu de laine, et on l’aime pour ça.
Ce qu’il vous faut (vraiment)
On ne va pas vous sortir une liste de courses chez le marchand de loisirs créatifs. L’idée, c’est de faire avec ce qu’on a, ou avec ce qu’on trouve dehors. Voici ce qui a servi pour notre premier totem, et qu’on a gardé depuis.
Un morceau de bois, idéalement du bois flotté ramassé en balade. Le bois flotté a déjà été lissé par l’eau et le sable : il ne demande presque aucun ponçage, et il est léger. Si on n’a pas de plage sous la main, une branche morte bien sèche fait l’affaire. Évitez les bois résineux qui collent aux doigts. On prend une forme qui peut tenir debout ou s’accrocher, un tronc avec quelques ramifications parce que c’est plus facile pour nouer les fils.
Ensuite, de la laine, des chutes de tissu, du biais, de la ficelle de cuisine. Tout ce qui traîne dans le tiroir à couture. On n’a pas besoin d’une palette de couleurs harmonieuse : le totem vivant est un joyeux bazar de textures. Anouk a choisi un reste de laine rose fluo d’un bonnet raté, et ce détail est devenu sa signature.
Pour les décorations, on privilégie les éléments naturels : galets troués, coquillages, plumes, petits pompons de laine faits maison, perles en bois récupérées sur un collier cassé. Rien qui nécessite un achat. Finalement, ce totem fait maison est devenu l’un de nos équipements de puériculture les plus précieux, juste après la gigoteuse TOG 2,5 et le siège auto i-Size. Pas pour sa fonction technique, mais pour sa capacité à rassurer dans un lit inconnu.
Côté outils, on se limite à une paire de ciseaux, de la colle à bois ou de la colle forte sans solvant, et éventuellement une petite scie à main pour recouper la branche si elle est trop grande. On laisse la perceuse au garage : ce n’est pas un projet de menuiserie.
💡 Conseil : on garde les éléments naturels non traités. Le bois flotté a été lavé par la mer, on le brosse à sec et c’est bon. Pour une branche ramassée en forêt, on la frotte avec une brosse métallique pour retirer les échardes sans altérer l’écorce.
Le pas à pas du totem à quatre mains
!A parent and child hands painting wooden animal figures for a totem pole, scattered paintbrushes and clay beads on a rus
J’avais imaginé un atelier ordonné. Anouk, vingt-deux mois à l’époque, en a décidé autrement. Voici comment le totem a vraiment pris forme, et comment on peut reproduire l’expérience sans viser la perfection.
On commence par installer le bois sur la table, à hauteur d’enfant, debout dans un pot ou calé contre un mur. On lui donne le rôle de chef de chantier : c’est lui qui choisit le premier fil, le premier galet. J’enroule un brin de laine autour d’une branche, je fais un nœud simple, et Anouk tire sur le fil pour le serrer. Parfois elle enroule dans l’autre sens, parfois elle superpose trois nœuds au même endroit. Je ne défais rien. Ce qui compte, c’est le geste, pas la régularité.
Une fois les premiers fils posés, on glisse les éléments à suspendre. Un galet troué devient pendentif si on passe un fil dedans. Un coquillage se coince entre deux brins de laine. Une plume s’attache avec un nœud coulant. Le biais coloré sert à faire des banderoles : on le noue d’une branche à l’autre, comme une guirlande. Soan, du haut de ses huit mois, attrapait les chutes de laine et les mettait dans sa bouche. On a ri, on a dévié du plan. Le totem a pris une heure au lieu de vingt minutes. Tant mieux.
Quand l’enfant se lasse, on termine seuls les finitions fragiles, à la colle éventuellement, mais toujours en laissant des parties volontairement nues pour les futures trouvailles. Le totem n’est jamais fini.
Le totem qui rate, c’est le meilleur
Si vous avez peur que le résultat soit moche, vous avez raison. Le nôtre est objectivement moche au sens déco magazine. Il penche, les couleurs jurent, un galet s’est détaché au bout de trois jours.
Mais demandez à Anouk de vous raconter d’où vient chaque élément. Elle se souvient de la plage, du marché où on a récupéré la ficelle rouge, du pompon qu’on a fabriqué un dimanche de pluie. Le totem ne fait pas joli dans le salon. Il fait battre son cœur dans un van arrêté au bord d’une nationale. Cette imperfection est notre vraie réussite.
Quand le totem prend la route
On nous avait dit qu’un enfant avait besoin de repères fixes. Le totem nous a prouvé le contraire. Il tient debout sans socle, il se coince entre la vitre et le rideau du van, il se pose contre la tête de lit dans les locations de vacances. Il ne prend presque pas de place et il sent le lieu qu’on vient de quitter. Un soir d’orage sur la côte cantabrique, Anouk l’a serré contre elle en répétant « Grand-Bois protège ». Je n’ai pas cherché à expliquer. J’ai juste su qu’on emportait avec nous un morceau de maison qui n’en était pas une.
L’idée de ce totem a germé quelques semaines avant la naissance de Soan. À l’époque, entre les rendez-vous de suivi et les cours de préparation à l’accouchement, je cherchais un objet qui ferait le pont entre la grande sœur et ce bébé à venir. Un mois après sa naissance, Soan attrapait déjà les fils qui pendaient, et Anouk expliquait fièrement que c’était « leur » totem.
Et deux ans plus tard ?
Grand-Bois a perdu un peu de sa superbe. Des fils se sont défaits, un coquillage a été remplacé par un bout de verre poli trouvé dans une rivière des Cévennes. Mais il est toujours là, posé près de la couchette des enfants. Il a survécu à deux déménagements, à une gastro dans un ferry, à un été entier sous le cagnard du Portugal. Il ne ressemble à aucun autre totem de famille sur Pinterest. C’est exactement pour ça qu’il est devenu un repère.
Et quand des copains de voyage nous demandent où on l’a acheté, Anouk répond avec un sourire immense : « On l’a fait nous-mêmes. »
Questions fréquentes
À partir de quel âge un enfant peut-il participer ?
Dès qu’il tient assis et attrape des objets, vers 6 ou 8 mois, il peut manipuler des brins de laine sous surveillance. Mais c’est vraiment à partir de 18 mois-2 ans que l’enfant choisit activement les éléments et commence à raconter leur histoire. Avant, il explore surtout les textures.
On vit en appartement, on n’a pas accès à du bois flotté. Des alternatives ?
Une branche ramassée en parc public, une chute de bois brut dans un atelier de récupération, ou même un grand bâton de cannelle vidé de son écorce (léger et odorant). L’essentiel, c’est que la forme permette d’accrocher des fils et que l’enfant puisse le transporter.
Comment nettoyer un totem qui a pris la poussière et le sable de vingt plages ?
On dépoussière au pinceau sec, on passe un chiffon légèrement humide sur le bois nu, et on laisse les fils sécher à l’air libre si on les a mouillés. Surtout, on ne le lave pas entièrement : la patine fait partie de son histoire.
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