Samedi dernier, le facteur a klaxonné devant le portail. Il avait un carton plus lourd que prévu. Dedans, trois exemplaires de mon livre, encore tièdes. L’aîné a déchiré le papier bulle avant que j’aie fini de signer le bon de livraison. La petite a lu le titre à voix haute et m’a demandé si la photo de notre cabane était dedans. Bon. On y est. Huit jours avant la sortie, et j’ai toujours le ventre noué.

Le livre s’appelle 50 activités nomades pour éveiller vos enfants (4-8 ans). Il sort chez un éditeur indépendant le 28 mai. Ces huit jours qui restent, je voudrais m’en servir pour expliquer pourquoi je l’ai écrit, et ce que j’ai refusé d’y mettre.

Je n’ai pas exactement le profil d’une auteure de cahiers d’activités. J’ai été libraire jeunesse pendant des années avant que la vie change, et je voyais passer des rayons entiers de bouquins “créatifs” qui supposaient chez soi un atelier digne d’une école Montessori : papier de soie, perforatrices à formes, gommettes repositionnables, pistolet à colle. Pour une famille qui bouge, ça ne tient pas la route deux semaines. J’ai eu envie d’écrire l’inverse, un livre où la créativité ne s’achète pas en kit, elle se bricole avec ce qu’on a sous la main.

C’est de là qu’est venu le manuscrit. Pas un énième best-of Pinterest. Des activités qui tiennent dans le rabat d’un sac à langer, avec du ruban adhésif, deux cailloux ramassés le matin et une paire de ciseaux. Des trucs qu’on peut lancer un soir d’orage en location vacances, quand la pluie tombe et qu’on n’a pas le courage de remettre les bottes pour aller au magasin.

Le livre que je n’ai pas voulu écrire

D’abord, j’ai refusé les livres qui s’adressent à des parents qui ne te ressemblent pas. Tu vois lesquels , ceux qui supposent une pièce dédiée, des pots à crayons rangés par couleur, et une imprimante couleur prête à dégorger trois feuilles de gommettes. Ce que j’ai écrit s’adresse à l’inverse : la mère qui ouvre le bouquin un mercredi après-midi, vidée, et qui voudrait proposer quelque chose de chouette à son enfant sans préparer trois heures avant. Beaucoup d’activités démarrent d’un objet qu’on a déjà à la maison : un rouleau de papier toilette, une orange, une lampe de poche.

Ensuite, refuser la logique du gosse-consommateur. Les applis et les jeux préfabriqués occupent tellement bien chaque minute qu’on a fini par oublier ce que c’est qu’une activité qui rate. Aucune proposition du livre ne vise un rendu “instagrammable”. On y parle plutôt du plaisir de monter une tour avec des branches, de voir si elle tient debout, de la voir tomber, de recommencer.

De ces deux refus, j’ai tiré une règle : zéro matériel introuvable. Donc pas de perles Hama, pas de feutrine adhésive, pas de paillettes. Notre vie tient entre une petite maison en Vendée et un van. Dans cinq mètres carrés, il n’y a pas de stock de loisir créatif, il y a une trousse, des ciseaux, du scotch, un couteau suisse. C’est avec ça que j’ai testé les 50 activités. Quand il fallait plus, on allait glaner dehors.

Ce que la créativité apporte au développement (sans jargon)

!A fountain pen on an open notebook, a small potted fern, a steaming cup of tea, warm sunlight casting soft shadows on a

Un truc que la librairie jeunesse m’a appris : les parents sont saturés de discours d’experts. Donc pas question d’écrire un manuel de psychologie cognitive. L’éveil de l’enfant traverse quand même le livre, mais avec des mots simples, sans théorie à citer.

La plupart des activités sollicitent plusieurs choses en même temps. Une chasse au trésor dans la nature, par exemple, c’est du mouvement, mais aussi du décodage d’indices, parfois de la coopération si on joue à deux. C’est ce mélange qui la rend riche, beaucoup plus qu’un coloriage prédécoupé. Ce qui m’intéresse, ce sont les activités qui créent un petit moment partagé. Même si le moment dure cinq minutes, avant que ça parte en sucette pour une histoire de tétine perdue.

J’ai glissé dans le livre quelques clés de lecture pour ceux qui veulent comprendre ce qui se joue derrière une construction de cabane. Pas pour faire savant, juste pour rassurer. Oui, cette heure à empiler des coussins, ça sert à quelque chose. Oui, ton enfant apprend, là, sans pédagogue à côté. Tu n’as pas besoin d’avoir lu Vygotski pour le savoir.

La prochaine fois que ton enfant passe trente minutes à aligner des pierres, regarde sans rien dire. Tu vas voir apparaître des motifs, des catégories de tailles, des tentatives d’équilibre. C’est de la pensée logique en action, et il a six ans.

Les 50 activités qui ont survécu à nos essais

C’est la partie que j’ai préférée écrire. Et la plus frustrante aussi. J’avais une liste de 80 idées au départ. Une vingtaine a sauté parce que ça ne fonctionnait pas dans la vraie vie. Mes deux enfants ont testé, les enfants de mes amies aussi, y compris ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un van.

Résultat : 50 activités, regroupées en six chapitres qui suivent le rythme d’une semaine type, y compris les jours où on ne sort pas. On trouve par exemple :

  • “Le théâtre d’ombres chinoises sous la table” (une lampe, un drap, des mains).
  • “Le bain libre de la poupée” (une bassine, un peu d’eau, des gobelets).
  • “Le parcours sensoriel en extérieur” (pieds nus sur l’herbe, le gravier, la mousse).
  • “Les biscuits minute en van” (une recette sans balance, avec des mesures en tasses).

Chaque activité est présentée avec l’âge indicatif, le matériel et le temps nécessaire. Et un petit paragraphe “Et si ça floppe ?”, parce que ça arrive, qu’un enfant refuse de participer. Là, je propose une variante, ou une échappatoire. Les livres qui supposent que tout se déroule comme prévu m’ont toujours énervée. Ici, j’assume que la moitié des activités vont finir en jeu libre imprévu, et tant mieux.

J’ai aussi mis un petit outil pour repérer quel type d’activité plaît à son enfant (manipuler, parler, bouger, observer), sans jamais lui coller l’étiquette “intelligences multiples” qui rôde dans tous les bouquins de parentalité. Trop souvent, les parents ressortent d’une lecture en se disant “mon enfant est kinesthésique”, point. C’est réducteur. Je préfère dire “en ce moment, il préfère les activités où on touche et on construit”. Et puis les goûts changent.

Pourquoi j’ai écrit ce livre maintenant

!An open laptop with a partially typed manuscript, a steaming coffee mug beside it, morning light from a window illuminat

Il y a un an, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre. J’avais déjà bien assez avec les articles du site, la couture du dimanche, les nuits hachées quand un petit perdait une dent. Et puis une éditrice m’a écrit après avoir lu un article du blog sur les activités sans matériel. Sa phrase, je l’ai gardée : “votre approche est différente, vous ne vendez pas du rêve, vous montrez les galères”. J’ai accepté de lui envoyer un synopsis un soir, sous le coup d’une énième colère devant un cahier de vacances bourré de collages prêts à l’emploi.

Au deuxième chapitre, j’ai compris que ce projet me tenait plus à cœur que tout ce que j’avais fait avant. Il reliait l’ancien métier, la maison qui bouge, et cette idée qu’on peut élever des enfants curieux sans dépenser un demi-salaire chez un certain géant suédois. Et puis, il y avait cette petite voix qui me disait que si je n’écrivais pas ce livre, quelqu’un d’autre le ferait à ma place. Et je n’aurais pas supporté qu’il finisse rempli de paillettes.

Le manuscrit final ne ressemble pas tout à fait à celui que j’imaginais. Mon éditrice a fait sauter la moitié des digressions (j’avais tendance à y glisser des anecdotes de naissances en van qui n’avaient rien à faire là). Elle a aussi tenu à ce que le sommaire soit coloré et lisible pour un enfant. Les couleurs, c’est ma fille qui les a choisies, finalement.

Le commerce de la créativité, je préfère le regarder de loin

Tu ne trouveras aucune publicité pour un matériel précis dans ce livre. Je n’ai pas d’action chez un fabricant de colle. Les marques citées, quand il y en a, sont celles que tout le monde a déjà chez soi : du Sopalin, une éponge, du film étirable. Ce choix éditorial n’a pas été simple à défendre. On m’a proposé d’y glisser des “kits clés en main” à commander en ligne. J’ai dit non. Pas envie de transformer un élan créatif en panier d’achat.

L’idée, c’est qu’il vive dans ton sac. Qu’il se corne, prenne une tache de compote, glisse sous le siège passager de la voiture. Que tu le sortes un jour de pluie en vacances, quand le réseau ne passe pas et que tout le monde commence à tourner en rond. Pas qu’il trône joliment sur une étagère entre deux livres déco.

Le matériel de puériculture nomade, je le connais par cœur. Ce livre est plutôt une façon de dire que l’essentiel pour éveiller un enfant ne tient pas dans un placard.

Huit jours pour boucler les derniers détails

!A wall calendar with a red marker crossing off the day ‘8 days left’, a pair of reading glasses resting on a printed man

D’ici le 28 mai, je dois encore répondre aux interviews que je redoute. Coller des étiquettes sur quelques exemplaires pour les envoyer à mes proches. Et surtout, ne pas céder à la panique du « et si personne ne l’achetait ? ». Le petit a déjà décidé qu’il l’offrirait à sa maîtresse pour la fête de l’école, la grande réclame de le dédicacer pour ses copines. Le livre fait partie de notre vie de famille avant même d’avoir atteint la moindre librairie.

La distribution, d’ailleurs, est en librairie et sur quelques plateformes indépendantes, pas chez le géant de l’e-commerce qu’on connaît tous. C’était dans le contrat. Et pour l’anecdote : le premier tirage est arrivé avec une coquille page 32 (un accent oublié sur le prénom de ma propre fille, j’ai eu envie de pleurer). On corrigera au deuxième.

Questions fréquentes

Est-ce que les activités tiennent en appartement, sans accès à un jardin ?

Oui. Plus de la moitié des propositions se font en intérieur, avec ce qu’on a sous la main. Le “parcours sensoriel”, par exemple, s’adapte à une salle de bain ou à un balcon. Pour chaque activité, le livre donne une alternative pour les petits espaces.

Le livre contient-il des pages à découper ou du matériel détachable ?

Non, et c’est volontaire. Un livre qu’on détruit page après page ne survit pas à un road trip. J’ai préféré des instructions claires, des croquis, et zéro consommable intégré.

Tu peux le commander directement sur le site ou en DM ?

Non, je ne gère pas de boutique en ligne. Tu peux le commander chez ton libraire, ils passent tous par le diffuseur de l’éditeur. L’idée, c’est d’en faire profiter les commerces de proximité, je les ai trop longtemps défendus en librairie pour faire autrement.

Quiz personnalisé

Votre recommandation sur mon livre sort dans 8 jours

Quelques questions rapides pour adapter la recommandation à votre cas.

Q1 Votre situation sur mon livre sort dans 8 jours ?
Q2 Votre priorité ?
Q3 Votre horizon ?